Le lierre grimpant n’est pas comestible. Je préfère répondre d’emblée pour éviter toute confusion, mais je vous encourage à poursuivre la lecture de cet article parce que c’est une question qui revient souvent lors de mes sorties de cueillette sauvage. Le malentendu provient souvent du fait qu’on appelle le lierre grimpant simplement “lierre”, ce qui prête à confusion avec une plante parfaitement comestible : le lierre terrestre (Glechoma hederacea), une plante aromatique de la famille des Lamiacées. Le lierre grimpant (Hedera helix), qu’on appelle également lierre commun appartient quant à lui à la famille des Araliacées. Si ses propriétés médicinales sont reconnues depuis l’Antiquité, vous ne devriez jamais la consommer.

Les baies du lierre grimpant sont toxiques
Les fruits du lierre grimpant sont de petites drupes globuleuses qui passent du vert au noir bleuâtre à maturité, généralement entre mars et mai.¹ Leur apparence peut séduire les enfants, mais ces baies renferment des substances toxiques qui provoquent rapidement des symptômes digestifs sévères. Dès l’ingestion de deux à trois baies chez l’enfant, on observe une sensation de brûlure dans la bouche, une hypersalivation, des vomissements et des diarrhées.²
En cas d’intoxication plus importante, les symptômes s’aggravent avec l’apparition de délires, d’hallucinations, de convulsions et d’une mydriase, pouvant conduire au coma puis au décès par asphyxie.²
Cette toxicité s’explique par la présence de saponosides triterpéniques, dont l’hédérasaponine C qui représente la majeure partie des composés actifs.² Les oiseaux consomment ces baies sans danger pendant l’hiver. Ils profitent de cette fructification tardive qui constitue une ressource alimentaire lorsque les autres fruits se font rares.¹
Découvrez ma vidéo courte concernant le lierre grimpant :
Des propriétés médicinales, mais attention…
Si les baies sont clairement toxiques, qu’en est-il du reste de la plante ? Les feuilles renferment également des saponosides (en moindre quantité par rapport aux fruits), ainsi que des flavonoïdes et des dérivés polyacétyléniques.² Ces composés confèrent au lierre grimpant des propriétés expectorantes, antispasmodiques et anti-inflammatoires exploitées en phytothérapie, notamment pour traiter la toux productive et les bronchites.²
On utilise alors le lierre grimpant sous forme de sirops, de teintures ou d’extraits secs standardisés, toujours à des doses précises.² C’est la raison pour laquelle il est impératif de se renseigner auprès d’un professionnel de santé. En usage externe, les feuilles fraîches écrasées ou en décoction sont utilisées en cas de cellulite¹ Mais il s’agit bien d’applications externes, pas d’ingestion. D’ailleurs, la manipulation des feuilles ou le contact prolongé peut provoquer des dermites de contact en raison de la présence de falcarinol, un composé polyacétylénique irritant.²

C’est pour cela qu’il est conseillé de porter des gants avant de le cueillir, notamment si vous souhaitez préparer de la lessive. Petit aparté, mais si vous avez la peau sensible, je vous recommande plutôt de préparer votre lessive à l’aide de la saponaire officinale (Saponaria officinalis). Elle est très bien tolérée par la peau et sert également à remplacer le savon, le gel douche et même le produit vaisselle.
Une petite anecdote à partager
Il existait aussi une coutume dans la Grèce antique qui consistait à faire macérer des feuilles de lierre dans le vin pour se protéger des empoisonnements.² Il s’agissait d’une pratique prophylactique fondée sur la croyance que le lierre neutralisait les poisons. Dionysos lui-même, le dieu du vin, était représenté couronné de lierre, symbole censé protéger les buveurs contre l’ivresse. Bon, je préfère vous prévenir mais ça ne fonctionnait pas vraiment…
Une confusion fréquente avec le lierre terrestre (Glechoma hederacea)

La confusion entre lierre grimpant et lierre terrestre mérite qu’on s’y attarde. Ce dernier, Glechoma hederacea, est une petite plante rampante aux feuilles arrondies et crénelées, qui dégage une odeur aromatique caractéristique lorsqu’on la froisse. Elle se consomme volontiers en salade, en tisane ou comme condiment. Le lierre grimpant, avec ses feuilles coriaces, brillantes et persistantes, ne présente aucune de ces qualités organoleptiques. Ses tiges s’accrochent aux supports verticaux grâce à des crampons, alors que le lierre terrestre rampe simplement au sol. Les deux plantes n’ont rien à voir botaniquement, mais leur nom commun entretient une ambiguïté dangereuse.
Et voici ma vidéo concernant le délicieux lierre terrestre :
En conclusion
Le lierre grimpant n’est pas comestible, qu’il s’agisse de ses baies ou des feuilles. Si la plante possède indéniablement des propriétés médicinales reconnues, notamment pour soulager la toux, son usage doit rester strictement encadré sous forme de préparations pharmaceutiques ou phytothérapiques, et jamais en usage alimentaire. Cela dit, je vous encourage à vous intéresser aux autres plantes très communes et qui sont parfaitement comestibles.
Sources
- Borrel M. Le grand livre des plantes médicinales : à cultiver soi-même – sur un rebord de fenêtre, un balcon, toutes les clés du jardinage santé et de la phytothérapie « maison ». Paris : Éditions Leduc ; 2017.
- Lorrain É. Grand Manuel de phytothérapie. 2ᵉ éd., revue et augmentée. Paris : Dunod ; 2024.
- Luu C. Le Guide Terre Vivante – 1000 remèdes à faire soi-même : teintures mères, macérats, baumes, lotions, sirops, tisanes…. Paris : Terre Vivante ; 2021.
- Forest D. La magie celtique des arbres : oghams et mystères druidiques. Arles : Éditions Danaé ; 2021.
- Allen DE, Hatfield G. Medicinal Plants in Folk Tradition: An Ethnobotany of Britain & Ireland. Portland : Timber Press ; 2004.
- Eggenberg S, Möhl A. Flora vegetativa : un guide pour déterminer les plantes vasculaires de Suisse à l’état végétatif. 3ᵉ éd., entièrement remaniée et augmentée. Bussigny : Éditions Rossolis ; 2020.
- Rameau J-C., Mansion D., Dumé G., Bardat J., Bruno E., Keller R. Flore Forestière française – Plaines et Collines. CNPF, Paris ; 2018.