Elle tapisse les pelouses, colonise les prairies, résiste aux tontes et au piétinement. On la voit si souvent qu’on finit par ne plus la regarder. Pourtant, la pâquerette vivace (Bellis perennis) figure parmi les plantes sauvages comestibles les plus intéressantes de France, Belgique, du Luxembourg et de la Suisse.

Ses feuilles en rosette, ses boutons floraux et ses capitules offrent une densité nutritionnelle qui dépasse celle de nombreux légumes cultivés. On y trouve notamment une concentration en calcium remarquable, supérieure à celle du lait de vache. Son histoire traverse les siècles, oscillant entre médecine populaire, symbolique enfantine et quasi-oubli avant de revenir sur le devant de la scène grâce aux recherches récentes.

Après avoir lu cet article, vous serez capable de reconnaître la pâquerette, même sans la présence de ses fleurs (qui n’en sont pas vraiment). Vous serez capable de l’identifier avec certitude, de la cueillir au meilleur moment et pourrez profiter de ses bienfaits. Vous comprendrez également pourquoi on la compare parfois à l’arnica, cette plante de montagne si réputée.

Comme introduction, je vous propose l’une de mes premières vidéos sur les réseaux sociaux.

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Reconnaître la pâquerette vivace

Bellis perennis appartient à la famille des Astéracées, autrefois nommées Composées. Elle dépasse rarement 15 cm de hauteur, ce qui explique d’ailleurs l’expression « au ras des pâquerettes ».1,2

Rosette caractéristique de la pâquerette comestible

La rosette caractéristique

Les feuilles forment une rosette basale plaquée contre le sol, stratégie qui lui permet de supporter les passages répétés et les lames des tondeuses. Sa feuille mesure en moyenne entre 3 et 12 cm de longueur et est en forme de spatule. C’est-à-dire qu’elle est large au sommet et devient plus étroite à la base. Au toucher, elle a une texture épaisse et presque grasse lorsqu’on la froisse entre ses doigts.2,8

La marge de la feuille est légèrement dentée ou crénelée. Vous pouvez constater la différence sur les deux photos ci-dessous. Des poils blancs parsèment ici et là la surface.2,8 La feuille se rétrécit progressivement en un large pétiole qui peut prendre des teintes rougeâtres ou blanchâtres. 2


la fleur de la paquerette comestible est un capitule

Une fleur qui n’en sont pas vraiment…

Ce qu’on appelle communément “la fleur” est en réalité un capitule, c’est-à-dire une inflorescence qui regroupe de nombreuses petites fleurs serrées les unes contre les autres. Cette structure caractérise toute la famille des Astéracées. Le capitule mesure entre 15 et 30 mm de diamètre. Le centre jaune est composé de fleurs tubulées (en forme de tube) hermaphrodites. En périphérie, on observe des fleurs blanches ligulées (plates, en forme de languette). Ces ligules présentent souvent des taches pourpres ou rosées à leur extrémité, particulièrement marquées en fin de floraison.1,4,7

Contrairement à ce que suggère son nom, la pâquerette ne fleurit pas seulement à Pâques. On trouve ses capitules presque toute l’année, de janvier à novembre voire décembre dans les régions aux hivers cléments. Le pic de floraison se concentre néanmoins entre mars et juin.1,3

Pour l’anecdote, les capitules s’ouvrent à l’aube avec le soleil et se referment au crépuscule, d’où ce nom anglais évocateur de daisy, contraction de day’s eye, l’œil du jour. Par temps couvert, ils restent clos, protégeant ainsi leur précieux pollen de l’humidité.4

Où pousse la pâquerette ?

La pâquerette pousse jusqu’à 2000 mètres d’altitude et est originaire d’Europe, d’Afrique du Nord et d’Asie occidentale. Elle s’est naturalisée grâce aux activités humaines en Amérique du Nord, en Australie et dans d’autres régions tempérées où elle est parfois considérée comme invasive. Paradoxalement, en Europe, nous sommes confrontés à la même situation puisque “nous luttons” contre des plantes introduites dotées de capacités de colonisation remarquables, comme la renouée du Japon. Heureusement, on peut également la consommer, j’en parle juste ici...

Une plante proche de l’être humain

La pâquerette est ce qu’on appelle une plante anthropique. Elle colonise spontanément les espaces que nous modifions (et donc perturbons). Les prairies d’élevage constituent son habitat de prédilection, là où le bétail compacte le sol en permanence. Elle prospère sur toutes les pelouses de nos villes, dans les « espaces verts » où elle forme parfois des tapis continus malgré les tontes répétées.1,4,8

ou pousse paquerette comestible (Bellis perennis)

Vous la rencontrerez également sur les bords de chemins, les talus, etc. Elle affectionne les terrains fertiles, enrichis en matière organique animale, humides sans être détrempés. Le sol doit rester bien drainé.

Sa présence témoigne d’un sol compacté par le piétinement ou les activités humaines. C’est aussi un indicateur de décalcification en cours, d’érosion ou de lessivage du sol. Elle supporte remarquablement les passages répétés et les tontes fréquentes, se maintenant là où d’autres plantes capitulent (vous avez compris le jeu de mot ?…). Elle souffre en revanche de la sécheresse.

La pâquerette dans l’assiette

Quand on débute l’apprentissage des plantes sauvages comestibles, notre intérêt et notre motivation se portent parfois vers des espèces dont on entend parler mais qui ne sont pas forcément communes. Il arrive alors de négliger les plantes qui poussent sous nos yeux. C’est le cas de la pâquerette qui est tellement commune qu’on passe souvent à côté sans s’interroger. Pourtant, chez elle, tout se mange : des feuilles aux fleurs en passant par les boutons floraux.1,3,7

Des feuilles toute l’année

Les jeunes feuilles en rosette présentent une saveur légèrement aromatique qui rappelle la mâche, avec une texture tendre et croquante qui se prête bien aux salades sauvages. On peut les récolter tout au long de l’hiver, période où les autres plantes se font rares.

Il faut néanmoins composer avec un arrière-goût légèrement âcre et astringent qui persiste en bouche. Ce n’est pas désagréable en soi, mais consommer uniquement des feuilles de pâquerette en grande quantité peut irriter la gorge. D’où l’intérêt de les mélanger à d’autres plantes dans des salades composées plutôt que d’en faire le composant principal.1,2,7

La cuisson élimine complètement cette petite âpreté. Les feuilles plus âgées, devenues trop astringentes pour être appréciées crues, s’intègrent parfaitement dans les soupes printanières, les légumes cuits ou les farces.2,7 En Italie, notamment en Sicile et en Toscane, on prépare des soupes de pâquerettes lorsque d’autres plantes plus prisées manquent au jardin. Ailleurs dans la péninsule, elles entrent dans la composition de farces pour les focacce ou de sauces pour accompagner les viandes.3 Personnellement, j’aime bien la blanchir et la déguster avec un filet d’huile d’olive et des échalotes…

En Bosnie et en Sardaigne, les jeunes rosettes se consomment crues sans façon particulière.3

Les boutons floraux sont également comestibles

De mars à juin, les boutons floraux encore peu développés et peu poilus constituent un ingrédient de choix pour agrémenter diverses salades sans l’arrière-goût âcre des feuilles. Plus tard dans la saison, ces boutons peuvent développer un goût plus prononcé qui ne plaît pas à tous.

On peut alors les conserver au vinaigre, exactement comme on le fait avec les câpres. Cette préparation traditionnelle permet de profiter de leur saveur tout au long de l’année. Les boutons accompagnent ainsi merveilleusement bien les salades composées, les terrines ou poêlées.1,3

Les fleurs pour le plaisir des yeux

Les capitules servent avant tout à décorer les plats. Contrairement aux feuilles, elles ne présentent aucun arrière-goût désagréable et peuvent se consommer sans restriction.1,2,3 On prépare aussi un « vin de pâquerettes » comparable au vin de pissenlit. L’infusion sucrée des capitules, mise à fermenter, donne une boisson fermentée traditionnelle au goût délicat. 3,7

Une richesse nutritionnelle insoupçonnée

Quand on évoque les plantes sauvages riches en calcium, la pâquerette figure en bonne place avec ses 190 mg pour 100 g de feuilles fraîches. Cette concentration dépasse largement celle de la laitue cultivée qui plafonne à 32 mg, et même celle du lait de vache qui s’établit autour de 120 mg pour 100 ml. Pour une plante qui rase le sol et qu’on piétine sans y penser, c’est remarquable.2,7

les pâquerettes sont comestibles

La pâquerette renferme également 600 mg de potassium pour 100 g de feuilles crues, ainsi que des quantités significatives de magnésium, de fer et de phosphore. Cela fait d’elle une plante reminéralisante particulièrement intéressante en période de ménopause, ou pour accompagner la consolidation d’une fracture.1,2

Les vitamines A et C abondent, surtout dans les fleurs. Ces antioxydants naturels contribuent au renforcement du système immunitaire et à la protection de nos cellules contre le stress oxydatif.1,4,7

Une composition biochimique fascinante

Les mucilages confèrent à la plante des propriétés adoucissantes et émollientes. Les tanins expliquent son effet astringent qui resserre les tissus. Mais ce sont surtout les saponines triterpéniques qui attirent l’attention des chercheurs depuis quelques décennies.1,4,5

S’y ajoutent une foultitude de composés phénoliques : flavonoïdes comme l’apigénine, le kaempférol, l’isorhamnétine, la lutéoline, la myricétine et la quercétine ; acides phénoliques dont les acides caféique, chlorogénique et sinapique ; polyphénols comme l’acide rosmarinique ; sans oublier les anthocyanes qui donnent ces teintes pourprées aux extrémités des ligules.4

La plante renferme aussi des substances amères, une petite fraction d’huile essentielle qui lui donne ce parfum délicat, de l’inuline et divers acides organiques. Elle contient également ces fameux composés polyacétyléniques semblables à ceux de l’arnica et de l’échinacée, qui lui valent ses propriétés désinfectantes et vulnéraires.1,4,5

paquerette vivace comestible

Les propriétés médicinales de la pâquerette

L’égale de l’arnica ?

En Suisse et en Allemagne, on n’hésite pas à affirmer que la pâquerette égale l’arnica. Cette comparaison s’appuie sur la présence de composés polyacétyléniques similaires dans les deux plantes. Ces molécules confèrent des propriétés désinfectantes et vulnéraires remarquables.4,5 Alors personnellement, je fais toujours en sorte d’utiliser la pâquerette plutôt que l’arnica qui est surexploitée et de plus en plus rare. D’ailleurs, pour la petite histoire, là où je vis dans les Ardennes, Il ne subsiste aujourd’hui que deux stations naturelles d’arnica, alors qu’elle prospérait autrefois dans tout le nord du département. Le Conservatoire botanique national du Bassin parisien et le Parc naturel régional des Ardennes ont récemment lancé un programme de réintroduction.

À l’automne 2025, près de 2 000 plants ont été replantés sur des sites dont les sols avaient été préalablement restaurés. Les semences proviennent d’une population wallonne, la plus proche génétiquement des anciennes populations ardennaises. Si tout se passe bien, les premières floraisons jaune orangé devraient apparaître dès 2027 et j’écrirai certainement un article pour l’occasion.

Vous l’avez compris, essayons autant que nous le pouvons d’utiliser la pâquerette pour remplacer l’arnica dès que cela est possible. Elle est une alternative durable et accessible.

Une plante des traumatismes

La réputation de la pâquerette comme remède des coups et des chutes traverse les siècles. Dès la Renaissance, on l’appliquait sur les plaies et les inflammations diverses. Sa capacité à favoriser la guérison des tissus endommagés reste aujourd’hui l’une de ses applications les plus reconnues par la médecine populaire et par les herboristes modernes.4,5

Elle se montre particulièrement efficace sur les contusions, hématomes, ecchymoses, enflures et bleus de toutes sortes. Elle accélère la résorption des épanchements sanguins grâce à ses propriétés hémolytiques. Son action s’étend aux entorses, foulures, luxations et autres traumatismes sportifs qui émaillent la vie des sportifs amateurs comme confirmés.4

La pâquerette favorise la synthèse du collagène et stimule la régénération cutanée. On peut l’employer sur les plaies saignantes, les ulcères, les panaris, mais aussi pour améliorer la récupération après un acte chirurgical. Les chirurgiens d’autrefois le savaient déjà, même si ce savoir s’est largement perdu avec l’avènement de la médecine moderne.4,6

Elle renferme également des composés phénoliques et les saponines qui lui confèrent des propriétés anti-inflammatoires et antioxydantes intéressante. Ces actions expliquent son efficacité traditionnelle contre les rhumatismes, la goutte, l’arthrite et les douleurs articulaires et musculaires qui empoisonnent tant de quotidiens.4

Une plante de la peau

La pâquerette possède des propriétés astringentes, tonifiantes et raffermissantes particulièrement appréciées en cosmétique. Elle resserre les tissus, stimule la microcirculation et tonifie la peau relâchée. L’huile de pâquerettes permet de raffermir les seins, de galber le buste et de lutter contre les vergetures qui marquent les changements du corps.4,5

Respiratoire et expectorante

La présence de mucilages et de saponines expliquent son utilisation traditionnelle dans les affections respiratoires. Bronchite, catarrhe bronchique, laryngite, angine, rhume, asthme et toux répondent favorablement aux préparations à base de pâquerette. Elle favorise l’expectoration et apaise les voies respiratoires enflammées par l’infection ou l’irritation.4,6

Propriétés gynécologiques

La pâquerette se révèle tonique utérine et agit favorablement sur la sphère gynécologique. Elle peut soulager les règles douloureuses ou trop abondantes. On l’utilise traditionnellement pour renforcer le tonus utérin et comme hémostatique en cas d’hémorragie post-partum. C’est d’ailleurs cette action tonique sur l’utérus qui explique pourquoi les Allemands se trompèrent si lourdement au XVIIIe siècle en la croyant abortive alors qu’elle favorise au contraire le bon déroulement des grossesses.4

paquerette comestible et médicinale

Autres propriétés

La pâquerette présente des effets anxiolytiques intéressants. Elle peut soulager l’insomnie, le surmenage et la fatigue nerveuse. On l’utilise aussi traditionnellement contre les maux de tête et les migraines qui empoisonnent certaines existences.4

Ses propriétés antispasmodiques expliquent son usage dans les troubles digestifs. Elle peut être à la fois laxative légère lorsqu’on consomme les feuilles en salade ou cuites dans du bouillon, et antidiarrhéique selon le mode d’emploi choisi. Cette dualité d’action témoigne de sa capacité à réguler plutôt qu’à forcer le transit.4

Avertissement : les informations présentées ci-dessus ont une visée éducative et ne constituent pas un avis médical. Je ne suis pas médecin. Avant tout usage médicinal interne de la pâquerette, consultez un professionnel de santé qualifié, notamment si vous êtes enceinte, allaitante, sous traitement médicamenteux ou atteint d’une pathologie chronique.

Préparer la pâquerette fraîche

Il faut savoir que le séchage de la pâquerette lui fait perdre l’essentiel de ses propriétés médicinales. Il faut donc l’utiliser dès la cueillette si l’on souhaite obtenir un effet optimal.5

L’infusion simple

Comptez une cuillerée à café de plante fraîche par tasse d’eau, soit 25 à 50 g par litre. Versez l’eau bouillante sur les feuilles et les fleurs, puis laissez infuser 10 minutes. Vous pouvez aussi faire bouillir brièvement le mélange avant de le laisser infuser, cela permet d’extraire davantage de principes actifs. Cette infusion constitue le mode d’emploi le plus simple pour un usage interne.4

Cette même infusion, une fois refroidie, s’avère efficace comme spray répulsif face aux insectes. La pâquerette est une cousine du pyrèthre, cette Astéracée célèbre pour ses propriétés insectifuges, et elle en a gardé quelques traces.4 Autre cousine très utile que vous connaissez certainement, j’aimerais également vous présenter la tanaisie commune (Tanacetum vulgare).

Tanaisie commune (Tanacetum vulgare) : les usages

La décoction concentrée

Pour un usage externe, préparez une décoction plus concentrée avec 100 g de pâquerette fraîche par litre d’eau. Portez à ébullition et laissez bouillir pendant 10 minutes. Cette préparation se destine aux compresses, aux lavages et aux gargarismes sur les affections bucco-dentaires.4

Si vous constatez une faible activité de cette préparation sur les affections cutanées comme l’eczéma, remplacez les parties aériennes par les racines. Cette décoction racinaire s’avère parfois plus puissante et plus efficace, bien que la récolte des racines tue évidemment la plante.4

L’huile de pâquerettes

Voici la principale préparation thérapeutique à base de pâquerette, celle que l’on trouve couramment dans le commerce de détail en flacon-pompe ou en roll-on. Vous pouvez la réaliser vous-même assez simplement.

Remplissez un bocal propre de capitules de pâquerette fraîchement cueillis. Tassez-les bien sans les écraser complètement et couvrez d’huile d’olive vierge jusqu’à ras-bord du bocal. Obturez hermétiquement le récipient et exposez-le durant trois semaines à la lumière du soleil, en l’agitant vigoureusement chaque jour pour favoriser l’extraction des principes actifs.4,5

Après la macération, filtrez soigneusement à travers une étamine ou un linge fin. Exprimez bien les capitules pour extraire toute l’huile qu’ils ont absorbée. Conservez dans un récipient opaque placé à l’abri de la lumière pour préserver les principes actifs qui se dégradent aux rayons du soleil.4

Cette huile stimule la microcirculation, tonifie la peau et resserre les tissus relâchés. Elle raffermit les seins, galbe le buste et combat les vergetures qui marquent maternités et variations de poids. On peut aussi l’appliquer sur les contusions, hématomes et autres traumatismes pour accélérer la guérison.

Autres préparations

Le cataplasme de fleurs et de feuilles fraîches pilées s’applique directement sur la peau pour traiter localement les affections cutanées ou les traumatismes. C’est le remède d’urgence quand on n’a rien d’autre sous la main en pleine nature.

La mastication des feuilles fraîches constitue un remède minute pour pallier aux petits maux bucco-dentaires comme les aphtes ou les inflammations de la bouche. Le suc frais des fleurs et des feuilles s’utilise de la même manière pour les soins locaux immédiats.4

paquerette comestible dans son milieu

On peut aussi préparer une macération en déposant deux poignées de plante fraîche dans un litre de vin blanc pendant une quinzaine de jours. Cette préparation se conserve plusieurs mois et s’utilise en usage interne comme tonique général.4

Quand et comment récolter les pâquerettes

La pâquerette se récolte toute l’année, aussi bien en plein hiver qu’au cœur de l’été. Cette disponibilité permanente en fait une plante particulièrement précieuse pour qui s’intéresse à la cueillette sauvage. Peu de plantes offrent cette constance.4,5

Le bon moment

Avant l’apparition des hampes florales, ou à la rigueur juste au moment où elles commencent à pointer, coupez les rosettes au ras du sol à l’aide d’un couteau bien affûté. Procédez exactement comme vous le feriez pour récolter une salade. Opérez par temps sec, après que la rosée du matin se soit bien évaporée. Les feuilles mouillées se conservent mal et fermentent rapidement si vous ne les utilisez pas immédiatement.4 Les fleurs se récoltent dès qu’elles sont visibles, de mars à novembre principalement.

Conservation

Le séchage n’est pas recommandé, nous l’avons déjà dit. Préférez la transformation rapide après la cueillette, que ce soit en infusion, décoction, cataplasme ou macération huileuse. Vous pouvez toutefois congeler les rosettes pour les conserver quelques mois et les utiliser au fur et à mesure de vos besoins. La congélation préserve mieux les principes actifs que le séchage.4,5

Les confusions possibles

Bien que la pâquerette soit généralement facile à reconnaître une fois qu’on a pris le temps de l’observer, quelques plantes présentent des rosettes similaires qui peuvent induire en erreur. Fort heureusement, aucune n’est toxique et plusieurs sont même comestibles. Les erreurs d’identification avec la pâquerette ne présentent donc pas de danger mortel, tout au plus une petite déception gustative.2 

L’arabette hirsute (Arabis hirsuta)

Vous pourriez éventuellement la confondre avec cette petite plante faisant partie de la famille des Brassicacées. Elle forme une rosette petite et dense, entre 5 et 8 cm de diamètre, avec des feuilles vert sombre légèrement pustuleuses. Le détail qui fait la différence, ce sont les poils bifurqués qui couvrent toute la surface foliaire. Ces poils en forme d’Y se distinguent bien à la loupe.2  Elle est comestible, mais mieux vaut la faire cuire ou la hacher finement dans les sauces à salade. Consommée crue en grande quantité, ces poils bifurqués rendent la plante irritante pour la gorge. Ses fleurs blanches, en revanche, agrémentent agréablement les salades sans cet inconvénient.2  L’arabette à feuilles de pâquerette (Arabis bellidifolia) et l’arabette sagittée (Arabis sagittata) présentent des rosettes similaires et partagent les mêmes caractéristiques d’usage. On les rencontre surtout en montagne et ce ne sont pas des plantes communes.2 

Le samole de Valérand (Samolus valerandi), aussi appelé mouron d’eau, forme une petite rosette de feuilles glabres et épaisses au limbe décurrent. Les nervures centrales et secondaires sont généralement blanches, caractéristique qui permet de le différencier rapidement. Les feuilles sont entières et brillantes.2 Bien qu’amère, cette plante peut s’ajouter dans les salades composées. Attention toutefois, elle est protégée en régions Lorraine et Centre. Ne la récoltez jamais si elle est peu courante localement. Cela fait partie des règles d’une cueillette éthique et responsable.

Entre médecine et magie

Je vous partage à présent quelques anecdotes concernant la pâquerette, tirées d’un ouvrage d’ethnobotanique spécialisé sur les anciennes pratiques en Grande-Bretagne. On racontait par exemple que manger les capitules de pâquerette guérissait les furoncles ou les maux de dents. Pour un mal de dents, deux capitules suffisaient. Mais pour un furoncle, il fallait en avaler sept ou neuf. Les capitules devaient être cueillis sur des plantes poussant assez près pour être couverts d’un seul pied, procédure rituelle qui témoigne de l’importance du geste dans ces médecines traditionnelles.6 

Précautions et contre-indications

Hormis l’habituelle précaution à prendre avec les Astéracées en raison des risques d’allergie possibles, la pâquerette ne présente pas de contre-indications majeures lorsqu’elle est correctement utilisée. Les personnes allergiques aux plantes de la famille des Astéracées comme le pissenlit ou la camomille doivent faire preuve de prudence lors de la première utilisation.

Comme elle retarde la vidange gastrique, il est conseillé de la prendre à des moments éloignés des repas pour optimiser son assimilation et éviter d’entraver la digestion. Cette particularité physiologique explique peut-être certains de ses effets sur le transit intestinal.4

Les autres pâquerettes

Plusieurs autres espèces du genre Bellis poussent en Europe et présentent des propriétés similaires à Bellis perennis. La pâquerette des bois (Bellis sylvestris) a une rosette plus grande mais partage les mêmes usages culinaires et médicinaux. La pâquerette des Alpes (Bellis alpina) se rencontre en montagne mais est peu étudiée.

Aimons et apprenons à apprécier ce qui est à portée

L’omniprésence de la pâquerette nous aveugle. Elle est si commune que nous oublions systématiquement qu’elle est exceptionnelle. Pourtant, peu de plantes offrent simultanément une telle richesse nutritionnelle , des parties entièrement comestibles et des propriétés médicinales aussi polyvalentes .
Elle colonise nos parcs et espaces verts, ce qui certes, pose la question des déjections canines. La solution simple est la cuisson, qui élimine tout risque sanitaire permet malgré tout d’intégrer ses feuilles aux plats chauds. Pour les préparations crues ou les macérâts huileux, cueillez-la dans des zones non fréquentées par les chiens. N’hésitez pas à consulter mes autres articles.

Les questions les plus posées sur la pâquerette

Quelle est la différence entre pâquerette et marguerite ?

La confusion est fréquente mais la différence saute aux yeux dès qu’on les compare côte à côte. La pâquerette (Bellis perennis) est littéralement au ras des pâquerettes avec sa taille allant de 5 à 15 cm maximum. La marguerite (Leucanthemum vulgare) mesure quant à elle jusqu’à 60 cm. Les capitules de la pâquerette mesurent 15 à 30 mm de diamètre contre 30 à 60 mm pour la marguerite. Enfin, la pâquerette forme une rosette basale sans tige, alors que la marguerite possède une tige (elle porte les feuilles). Les deux espèces sont comestibles, mais la pâquerette présente une valeur nutritionnelle bien supérieure.

La pâquerette est-elle vraiment une fleur ?

Ce qu’on appelle communément “la fleur” de pâquerette est en réalité un capitule, c’est-à-dire une inflorescence regroupant de nombreuses petites fleurs serrées les unes contre les autres. Le centre jaune est composé de fleurs tubulées (en forme de tube, on dit aussi tubulaires) hermaphrodites, tandis qu’en périphérie se trouvent les fleurs ligulées blanches. Lisez l’article pour en savoir plus.

D’où vient le mot “pâquerette” ?

Contrairement à l’idée reçue qui associe ce nom à Pâques, le mot dérive du vieux français pasquier, lui-même issu du latin pascuum qui désignait la taxe sur les pâturages au Moyen Âge. Cette origine reflète le lien étroit entre cette plante et les prairies pâturées. Cela dit, comme l’étymologie de Pâques fait elle aussi référence au fait de paître, les deux interprétations convergent finalement vers l’idée de pâturage et de renouveau printanier.

Pourquoi la pâquerette pousse-t-elle dans les pelouses ?

La pâquerette est une plante anthropique qui colonise les espaces que nous modifions. Elle affectionne particulièrement les sols compactés par le piétinement. C’est la raison pour laquelle elle prospère dans les pelouses. Sa rosette plaquée au sol lui permet de résister aux tontes répétées. Sa présence indique que le sol est en cours de décalcification ou d’érosion.

Quand fleurit la pâquerette ?

Son nom est trompeur car la pâquerette ne fleurit pas qu’à Pâques. On trouve ses capitules presque toute l’année, de janvier à novembre voire décembre dans les régions plus clémentes. Le pic de floraison se situe entre mars et juin.

Pourquoi les pâquerettes deviennent roses ?

Les ligules blanches de la pâquerette présentent parfois des taches pourpres ou rosées à leur extrémité. Cette coloration s’intensifie souvent en fin de floraison et selon l’exposition au soleil. Certaines variétés cultivées ont été sélectionnées pour leur teinte rose prononcée, mais dans la nature, cette nuance reste généralement discrète. Le froid hivernal peut également accentuer les teintes rosées.

La pâquerette est-elle toxique ?

Non, la pâquerette n’est pas toxique. Toutes ses parties sont comestibles : feuilles, boutons floraux, capitules. Les feuilles crues présentent simplement un arrière-goût légèrement âcre et astringent qui peut irriter la gorge si on en consomme une grande quantité seule, mais la cuisson élimine complètement cette petite âpreté. Les personnes allergiques aux Astéracées ne devraient pas la consommer par sécurité.

À quelle saison poussent les pâquerettes ?

La pâquerette pousse toute l’année. C’est une plante vivace qui maintient sa rosette de feuilles même en plein hiver. Elle se récolte donc en toutes saisons, aussi bien en janvier qu’en juillet, ce qui en fait une plante particulièrement intéressante pour la cueillette sauvage.

Peut-on donner des pâquerettes aux lapins ?

Oui, les pâquerettes font partie des plantes sauvages que les lapins peuvent consommer sans danger. Dans la nature, ils en grignotent d’ailleurs volontiers lorsqu’ils en trouvent. Comme pour toute nouvelle plante, introduisez-la progressivement dans l’alimentation de votre lapin pour éviter les troubles digestifs. La pâquerette apporte notamment du calcium, du potassium et des vitamines intéressantes pour leur santé.

La pâquerette est-elle vivace ou annuelle ?

La pâquerette commune (Bellis perennis) est une plante vivace, comme l’indique d’ailleurs son nom scientifique (du latin perennis, “qui dure toute l’année”). Sa souche rhizomateuse robuste émet sans cesse de nouvelles rosettes, lui permettant de coloniser efficacement une même station. Vous retrouverez donc vos pâquerettes au même endroit d’une année sur l’autre, pour peu que les conditions de sol et d’exposition leur conviennent.

Il existe toutefois une espèce cousine beaucoup plus rare et localisée : la pâquerette annuelle (Bellis annua). Cette petite plante méditerranéenne présente un cycle de vie complètement différent. Sa rosette apparaît à l’automne, fleurit rapidement entre février et juin, puis disparaît complètement dès les premières chaleurs estivales. On la rencontre uniquement sur le pourtour méditerranéen, dans l’Hérault, le Var, les Alpes-Maritimes, en Corse et dans le département de la Gironde, où elle colonise les terrains salés, les pelouses côtières et les sols superficiels périodiquement inondables.


Sources

  1. Fleischhauer S.G., Guthmann J., Spiegelberger R. Plantes sauvages comestibles : les 200 espèces courantes les plus importantes. Paris : Ulmer ; 2012.
  2. Moutsie M., Ducerf G. Récolter les jeunes pousses des plantes sauvages comestibles. Paris : Éditions de Terran ; 2021.
  3. Couplan F. Le régal végétal : reconnaître et cuisiner les plantes comestibles. Nouvelle édition. Paris : Sang de la Terre ; 2017.
  4. Books of Dante. La pâquerette (Bellis perennis).. Disponible sur : https://booksofdante.wordpress.com/2023/10/20/la-paquerette-bellis-perennis-2/ [consulté le 7 janvier 2026]. Merci à lui pour son article que je vous encourage à lire !
  5. Luu C. Le Guide Terre Vivante – 1000 remèdes à faire soi-même. Paris : Terre Vivante ; 2021.
  6. Allen DE, Hatfield G. Medicinal Plants in Folk Tradition: An Ethnobotany of Britain & Ireland. Portland : Timber Press ; 2004.
  7. Couplan F. Guide nutritionnel des plantes sauvages et cultivées. Paris : Delachaux et Niestlé ; 2020.
  8. Eggenberg S, Möhl A. Flora vegetativa : un guide pour déterminer les plantes vasculaires de Suisse à l’état végétatif. 3ᵉ éd. Bussigny : Éditions Rossolis ; 2020.