Saviez-vous que les fêtes chrétiennes avaient des origines païennes ? Mais ce qu’on oublie encore plus souvent, c’est que derrière chacune de ces célébrations se cache une plante sacrée. Le sapin de Noël, le gui du Nouvel An, la fève de l’Épiphanie, les crêpes de blé de la Chandeleur… Ces végétaux ne sont pas là par hasard. Ils racontent une histoire bien plus ancienne que celle qu’on veut bien nous raconter.

Les premiers habitants de la Gaule étaient des Celtes dont les croyances polythéistes suivaient le rythme des saisons et des plantes. L’année était jalonnée par huit grandes fêtes solaires et lunaires, les solstices, les équinoxes, et quatre fêtes intermédiaires (Samhain, Imbolc, Beltane, Lughnasadh). Chacune marquait une étape du cycle végétal, la dormance hivernale, le réveil printanier, l’explosion de la vie estivale, les moissons automnales…

Pour eux, certaines plantes étaient sacrées. Le chêne abritait le gui sacré des druides. L’if gardien des cimetières symbolisait l’immortalité. Le noisetier incarnait la sagesse. De nombreuses plantes prenaient place dans un univers où le végétal était porteur de sens, de magie, de lien avec le vivant.

La christianisation

Le christianisme s’est introduit en Gaule vers la fin du IIe siècle par la région de Marseille. Il a progressivement gagné du terrain pour devenir, à la fin du IVe siècle, la religion dominante. Mais les pratiques païennes n’ont pas disparu. Elles ont continué à être tolérées, parfois jusqu’au XIXe siècle, souvent intégrées, transformées, christianisées. C’est dans ce contexte que les fêtes chrétiennes ont supplanté les célébrations païennes. Les dates ont été reprises, les symboles végétaux conservés, mais réinterprétés. 

Ce que je vous propose ici, c’est de redécouvrir ces fêtes aux origines anciennes. Chaque célébration est liée à des plantes particulières, que j’ajouterai progressivement à cet article.

Pâques : les origines païennes

La fête de Pâques, bien que centrale dans le christianisme pour célébrer la résurrection de Jésus Christ, possède des racines qui s’étendent bien au-delà des traditions chrétiennes. Les origines païennes de Pâques sont liées à la célébration du printemps, symbolisant le retour de la lumière, de la chaleur et la renaissance de la nature après l’hiver. Les païens croyaient en un dieu de la nature dont la naissance et la mort annuelles se reflétaient dans le cycle des plantes et des saisons.

Les Celtes célébraient une fête autour du 21 mars, connue sous le nom d’Alban Eiler. Elle marquait l’équilibre entre le jour et la nuit avec la promesse d’une lumière grandissante. Cette fête était associée à la renaissance et à l’espoir, alors symbolisée par l’œuf. C’est un motif qui a été intégré dans la tradition des œufs de Pâques. La fête d’Ostara est quant à elle célébrée dans les traditions nordiques. Elle est également liée à cette symbolique de renaissance. Pour la petite histoire, “Easter” en anglais et “Ostern” en allemand désignent Pâques.

Noël fait partie des fêtes païennes

Les origines païennes de Noël sont ancrées dans les célébrations du solstice d’hiver, un moment où les jours commencent à s’allonger, signalant le retour de la lumière et un renouveau de la vie. Cette période était marquée par des festivités chez plusieurs peuples anciens, y compris les Romains avec la fête de Saturnales et le culte de Mithra, dont la naissance était célébrée le 25 décembre. Les pratiques telles que l’illumination des maisons avec des bougies et des lanternes, qui préfigurent les décorations lumineuses de Noël modernes, trouvent leurs origines dans ces anciennes célébrations visant à éloigner l’obscurité hivernale. Les Celtes dédiaient l’épicéa au jour de renaissance du soleil au solstice d’hiver. C’est la raison pour laquelle le sapin de Noël a une place si importante aujourd’hui.

Les origines païennes de la Chandeleur

La Chandeleur est célébrée le 2 février. Elle est associée à la présentation de Jésus au Temple et à la purification de la Vierge Marie. Ses origines remontent pourtant à des célébrations païennes et celtes qui marquaient le milieu de l’hiver et le renouveau. Les Celtes célébraient Imbolc le 1er février, une fête religieuse en l’honneur de la déesse Brigit. Cette célébration symbolisait le début du printemps et la purification après l’hiver. Elle était marquée par des parades de flambeaux, reflétant le retour de la lumière et la préparation des terres pour les nouvelles semailles. De même, dans la Rome antique, les Lupercales, célébrées mi-février, étaient des fêtes de fertilité et de purification.

Quelques mots sur les crêpes

La tradition de manger des crêpes à la Chandeleurtrouve ses racines dans la symbolique du soleil et de la lumière. Les crêpes, rondes et dorées, étaient censées représenter le soleil. L’astre qui marque la victoire de la lumière sur l’obscurité, un thème commun aux célébrations païennes, celtes et chrétiennes. Cette tradition était également un moyen pratique de consommer le blé de l’année précédente. On pouvait ainsi commencer la nouvelle saison agricole…

Les origines païennes de la Toussaint

La fête celtique de Samhain, qui se déroulait du 31 octobre au 1er, est souvent citée comme l’une des influences préchrétiennes de la Toussaint.

À l’origine fêtée le 13 mai, la Toussaint a été fixée au 1er novembre en 835 par le pape Grégoire IV. Ce dernier cherchait à remplacer les célébrations païennes qui avaient lieu la veille.

Samhain marquait la fin de l’été et le début de la nouvelle année pour les Celtes. C’était un moment où le voile entre le monde des vivants et celui des morts était considéré comme particulièrement fin. Les esprits pouvaient ainsi passer d’un monde à l’autre. Lorsque les Irlandais émigrèrent en masse aux États-Unis au milieu du XIXe siècle, ils apportèrent leurs légendes et traditions. Samhain évolua alors pour devenir Halloween, une fête qui est célébrée la veille de la Toussaint. Cette fête a été importée aux États-Unis par les immigrés irlandais et a évolué pour inclure des éléments tels que les citrouilles découpées, qui font référence à un conte irlandais sur un personnage nommé Jack.

L’épiphanie

L’Épiphanie, célébrée le 6 janvier ou le premier dimanche suivant le 1er janvier, est une fête chrétienne qui commémore la présentation de Jésus aux Rois Mages. Cependant, cette fête trouve également ses racines dans des traditions païennes et celtes antérieures à la christianisation. Les Saturnales romaines, par exemple, étaient une fête en l’honneur du dieu Saturne.Les esclaves pouvaient devenir “roi” ou “reine” pour une journée.

Pour désigner le roi de la fête, ils procédaient à un tirage au sort au moyen d’une légumineuse : une fève. Il s’agit de la première graine comestible qui pousse au printemps. Selon d’autres sources, une fève était placée dans un gâteau rond et celui qui tombait sur elle devenait roi d’un jour et pouvait donner des gages aux autres. La galette des Rois trouve son origine dans ces fêtes païennes et a été christianisée au IIIe siècle lorsque l’Église a choisi cette date pour célébrer l’adoration des Rois mages pour l’Enfant Jésus.

L’assomption : les origines païennes de cette fête chrétienne

L’Assomption, célébrée le 15 août, est une fête chrétienne marquant la montée au ciel de la Vierge Marie. Cette célébration trouve cependant des échos dans des traditions et cérémonies païennes antérieures, notamment celles liées à la fertilité et aux cycles de la vie et de la mort, qui ont été intégrées et transformées au fil du temps par le christianisme.

En effet, l’histoire de l’Assomption révèle des parallèles avec des cérémonies païennes. Je pense notamment aux mystères d’Éleusis. Ce sont des rituels célébrés dans la Grèce antique en l’honneur de Déméter et Perséphone, déesses de la fertilité et de l’agriculture. Ces mystères comportaient des éléments de mort, de renaissance et d’immortalité, thèmes qui trouvent un écho dans la célébration de l’Assomption de Marie. La tradition monastique imposait par ailleurs un jeûne avant le 15 août, rappelant celui pratiqué avant l’initiation aux mystères d’Éleusis. La figure de Marie, dans son association avec la fertilité et la vie, rappelle celle de Déméter, pleurant la perte de sa fille descendue aux Enfers.

Les fêtes païennes, en conclusion

Cette intégration des traditions païennes dans le calendrier chrétien visait à faciliter la transition des populations vers le christianisme. Les nouvelles significations se sont superposées aux anciennes célébrations, avant de complètement les supplanter. Ce processus a été félicité par le choix de dates proches des célébrations païennes. Ces fêtes ont évolué au fil du temps à mesure que les cultures se rencontraient et se mélangeaient. Ces racines païennes liées à des célébrations de la nature, des saisons et des cycles de la vie, qui ont été réinterprétées dans un contexte chrétien.


Une erreur, une demande de précision ? N’hésitez pas à m’en faire part !

3 commentaires

  • Fosse 17/08/2024 at 6h34

    Bonjour, vous avec oublié Noël et le solstice d’hiver !

  • Fosse 17/08/2024 at 6h35

    Erratum je l’avais loupé

  • Demarquay 09/01/2025 at 7h23

    Votre article et votre travail m’intéressent.
    À quand la publication d’un calendrier païen qui nous permette de fêter la nature ?

Comments are closed.