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Éco-village : un modèle à éviter ?

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Le modèle d’éco-village ou des communautés “autonomes” est-il à éviter ? C’est la question que je me suis posée suite à un encart intitulé “L’écologie, une autre science à risque“, que j’ai lu dans le numéro de mars 2023 du magazine Science et vie en page 40. Le magazine fait part des inquiétudes de la Miviludes face au développement des éco-villages qui “semblent se multiplier aussi bien en France qu’à l’étranger“. L’article se poursuit : dans ces lieux communautaires et autarciques, les habitants entretiennent un rapport très fort à la nature et à l’agriculture, avec l’espoir de vivre en autosuffisance. Si un tel mode de vie n’est pas répréhensible ou dangereux en lui-même, il peut toutefois induire des risques, comme “des situations de déscolarisation pour les enfants, d’épuisement, de dénutrition, d’abus de faiblesse, d’escroquerie, d’abus de confiance, de violences psychologique, voire physiques ou sexuelles“, alerte la Miviludes.

Je n’ai pas trouvé de rapport complet associé à ces propos qui, selon moi, n’identifient pas clairement la source des problèmes.

Présentation de la Miviludes

Pour celles et ceux qui ne connaissent pas cet organisme, il s’agit de la Mission interministérielle de vigilance et de lutte contre les dérives sectaires. Créée en 2002, elle a pour mission : “d’observer et d’analyser le phénomène des dérives sectaires, d’informer le public sur les risques qu’elles représentent et de coordonner l’action préventive et répressive des pouvoirs publics. ” (Wikipedia).

Cet organisme fait un travail au combien indispensable face à de nombreuses dérives. Je vous invite à consulter leur site internet et leurs différents rapports.

Éco-village, de quoi parle-t-on ?

Les éco-villages sont des communautés humaines conçues pour vivre en harmonie avec la nature, en adoptant des pratiques durables pour minimiser leur impact environnemental. Ces villages sont de plus en plus populaires à travers le monde, offrant des alternatives aux modes de vie urbains classiques. Ceux qui y vivent et ceux qui aspirent à vivre dans une telle communauté aspirent généralement à vivre de façon plus durable d’un point de vue écologique, social, environnemental et économique.

Il s’agit d’un modèle plébiscité par l’ONU qui considère comme ” l’un des modèles les plus efficaces dans le but d’éradiquer la pauvreté, restaurer l’environnement naturel, et assurer les besoins humains fondamentaux.

Vivre dans un éco-village ne veut pas dire vivre en autarcie

Il est regrettable de lire que les éco-villages sont “des lieux communautaires et autarciques“. Cela n’a rien à voir. Le journaliste a peut-être voulu forcer le trait pour intégrer cet encart à ce dossier traitant à la base de l’inquiétante explosion des dérives sectaires en santé“. Je l’invite néanmoins à se rendre à l’Oasis du Coq à l’Âme ; au Moulin de brisé ; à l’écolieu Kervillé et dans bien d’autres lieux encore. La majorité de ces écolieux propose des ateliers accessibles au grand public : initiation à la permaculture, artisanat, Yoga, maraîchage, découverte de la nature pour les plus jeunes, etc.

Il ne faut pas imaginer leurs habitants cloitrés à l’intérieur d’un espace donné.

Il existe cependant des exceptions. J’ai entendu parler de la communauté Ramtha fondée aux États-Unis et qui s’est développée en France à partir des années 2000 . Les “adeptes” devaient se préparer à la fin du monde en construisant des bunkers, etc. Il y a des témoignages édifiants de personnes qui ont vécu près de 20 ans dans ces communautés.

“Il nous disait qu’il était le Saint élu, qu’il devait et allait sauver le monde de l’apocalypse. Et que si nous n’accomplissions pas sa parole, on allait tous vers une mort certaine” se remémorent, encore très affectés, Dominique et Isabelle Lorenzato, 47 et 46 ans, un couple du Lot-et-Garonne, qui a vécu pendant 22 ans dans la crainte de cette fin du monde.” Source.

Malgré mes recherches, je n’ai pas trouvé d’autres communautés voulant vivre en autarcie en France. N’hésitez pas à mes les indiquer en commentaires.

Un risque de déscolarisation des enfants ?

Je ne sais pas si la Mivilude fait exclusivement référence aux enfants qui ne vont pas à l’école et qui ne font partie d’aucun dispositif. Scolariser son enfant est obligatoire en France depuis 2022. Il a toujours été possible selon certaines conditions de faire école à la maison. Il s’agit du dispositif de l’instruction en famille (IEF) et les habitants de ces communautés utilisent généralement ce dispositif en passant ou non par le CNED. C’est par exemple le cas des enfants d’un éco-village de Pourgues en Ariège.

Voici le témoignage de membres de cette communauté :

“Passer une vingtaine d’années à ingurgiter du savoir, de la connaissance, à devoir être meilleur que les autres, pour avoir une position sociale confortable, on ne le voulait pas pour nos enfants”, confie David, membre de la communauté.

Ici, l’éducation ne se cantonne pas uniquement aux matières enseignées à l’école traditionnelle. “On les initie à cultiver ce qu’ils mangent, avoir un peu les mains dans la terre, être en connexion avec les insectes”, explique un autre membre. 

J’ai envie de transmettre qui je suis, le plaisir de faire les choses, de les faire avec enthousiasme, sans être dans la pression sociale ou familiale de devoir faire des choses par besoin sociétal”. Source.

Vous pouvez voir la vidéo témoignage

Je ne sais pas ce que vous en pensez, mais j’aurais aimé avoir une telle enfance ! C’est grâce à ces initiatives que nous pourrons créer et construire le monde de demain.

Là encore, si vous connaissez des situations d’enfants déscolarisés vivant dans un écolieu, commentez cet article et je l’ajouterai à l’article.

Vivre dans un éco-village … et s’épuiser ?

La Miviludes s’inquiète des risques d’épuisement liés à la vie dans un éco-village. Certains propriétaires font appel à des woofers, autrement dit des bénévoles qui proposent leur main-d’œuvre au potager ou sur les chantiers participatifs. Certaines personnes malintentionnées les exploitent au maximum comme en témoigne la vidéo témoignage à la fin de l’article. Il y a un risque réel qui peut être néanmoins réduit si l’on se renseigne au maximum auprès d’anciens participants.

Hormis les bénévoles, les personnes qui s’engagent dans des projets d’écolieux s’investissent généralement corps et âme parce qu’ils croient réellement en leurs projets et ne comptent pas leurs heures. Certains prennent un risque énorme en quittant un poste bien rémunéré pour se lancer dans l’aventure parce que cela fait sens pour eux. Il y a un risque d’épuisement évident.

J’aimerais par ailleurs que les pouvoirs publics à s’interroger sur la situation de 34% des salariés (soit 2,5 millions de personnes) victimes d’épuisement professionnel (aussi appelé burn-out). (Source) Un burn-out est considéré par l’Organisation Mondiale de la santé comme un état de fatigue intense. Le nombre de personnes touchées ne cesse d’augmenter chaque année.

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Le risque de dénutrition dans un éco-village

Les éco-villages ont généralement comme objectif d’encourager la production locale de nourriture en utilisant des méthodes de maraîchage traditionnelles, la permaculture ou le jardinage naturel. Les résidents consomment ainsi des aliments locaux et frais et réduisent leurs dépendances aux systèmes agro-industriels. Le but est d’atteindre un certain niveau d’autonomie alimentaire.

Les résidents de ces communautés sont généralement attentifs à la nutrition et au bien-être en général. Il peut exister des personnes qui s’imposent ou imposent à d’autres un régime spécifique qui peut être néfaste pour le corps à plus ou moins long terme. Des carences peuvent effectivement apparaître si l’on ne consomme pas suffisamment de calories, de protéines et de nutriments.

Actuellement, la dénutrition touche principalement les personnes âgées vivant à domicile ou en EHPAD, les personnes atteintes d’un cancer, les enfants hospitalisés. Source. Selon le collectif de lutte contre la dénutrition, cela toucherait près de 2 millions de personnes en France.

D’après mes recherches, le risque concerne les woofers et bénévoles qui interviennent sur les chantiers. Mais certains propriétaires, souhaitant diminuer les coûts au maximum, réduiraient les portions et les limiteraient à des aliments pas suffisamment nutritifs.

Abus de faiblesse, escroquerie, abus de confiance, de violences psychologiques

Cette fois-ci, l’exemple de Jacob Karhu m’est immédiatement revenu en tête. Je vous recommande vivement de regarder sa vidéo où il parle de sa propre expérience. Vous découvrirez aussi le témoignage d’autres personnes.

Je pense que cette vidéo de Jacob Karhu illustre bien les problématiques des éco-villages et communautés. Je ne sais pas s’il y a un risque plus élevé d’être victime d’abus de faiblesse, de violences psychologiques, voire physiques ou sexuelles dans un écolieu que dans le quotidien. Il n’y a à ma connaissance aucun rapport officiel chiffré permettant de mettre en lumière ces dérives. Les personnes qui rejoignent ces communautés ont parfois beaucoup d’attente, mais peuvent faire face à la désillusion et se sentent prises au piège.

En définitive, je pense que l’essentiel des risques liés aux éco-villages énumérés par la Miviludes concerne en réalité les bénévoles et les woofers. Il faut toutefois se garder de toute simplification. Si le modèle de communauté vous intéresse, veillez d’abord à bien vous renseigner auprès de ceux qui sont sur place. Passez-y éventuellement quelques jours avant de vous engager. Enfin, préparez un plan B au cas où.

Si vous avez connaissance d’un rapport utile concernant les dérives, n’hésitez pas à m’écrire et je modifierai cet article en conséquence.

Yvann Robinet
Yvann Robinethttps://bosquetsauvage.com
Je souhaite transmettre mes connaissances relatives aux plantes, partager mon intérêt pour l'autonomie et le développement de soi, promouvoir la connexion entre l'humanité et le monde naturel, remettre au goût du jour les mythes, les contes et les traditions anciennes. Actuellement élève de deuxième année au Collège Pratique d'Ethnobotanique (créé par François Couplan), je proposerai prochainement des activités sur le terrain dans le massif des Ardennes. Je vous en parle bientôt...

Le saviez-vous ?

En Irlande, on avait l’habitude de consulter les esprits du lieu avant de construire sa maison. Quatre bâtons ou quatre tas de pierres étaient installés la veille au soir. S’ils étaient intacts le lendemain matin, la construction pouvait débuter. Dans le cas contraire, il fallait choisir un autre emplacement.

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